2 février 2009 par soiseb
Hommage à Laurent Reynès
Un si beau voyage.
Autour de moi la mer fume alors que les premiers blocs de la banquise s’écartent dans le silence du matin. Je ne sais pas quel jour nous sommes mais l’impatience de m’éloigner me fait déjà frémir. L’homme achève son travail rapidement, je n’ai plus beaucoup de temps. Pourquoi ce désir de voyage ? Je l’ignore mais comme chaque fois je dois y aller. Ni l’inconnu ni le regard brouillé de l’homme resté sur l’autre bord de la faille, qui s’élargit sur plus de trente mètres ne peuvent me retenir. Je pars.
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26 janvier 2009 par soiseb
Cacophonie rue du Faubourg Saint Antoine. Les voitures se bousculent. Les bruits se télescopent.
Les gens circulent, branchés sur leur portable. Les magasins sourient benoîtement de leurs déballages festifs. On est le trois novembre, on ne sera pas en retard, Noël est dans plus d’un mois.
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23 juin 2008 par soiseb
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16 juin 2008 par soiseb
Platon est dans tous ses états. Il parait que les prisonniers mènent grand tapage dans la caverne. Pourtant jusque là tout marchait pour le mieux au livre VII de ” La République”‘. On en était au moment crucial lorsqu’une poignée de philosophes conscients de leur rôle d’éducateurs décide de descendre dans la grotte rejoindre les prisonniers pour les convaincre de sortir prendre l’air et voir un peu ce qui se passe dehors. Tout était prévu et devait donc bien se passer.
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9 juin 2008 par soiseb

Tours du silence (Yazd, Iran)
“On peut mourir d’être immortel”.
Nietzsche.
Le fracas du silence.
Le soleil frappe la terre desséchée. Elle se craquelle en écailles, mystérieux rébus sans cadre ni limite, étrange parcours cheminant vers un but inconnu, frêle ligne errant au gré d’une fantaisie sans devenir. La terre a soif, pas un nuage ne la voile. C’est un temps de prières pour exiger la pluie, d’incantations pour suggérer un charme – un demi charme au moins qui appellerait l’eau – d’évocations murmurées qui voudraient séduire l’absente. La terre a soif.
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3 juin 2008 par soiseb
Raphaëlle jette un dernier regard vers la porte. Elle a fermé les fenêtres, inondé le ficus chauve sur lequel elle s’acharne à grands coups d’arrosoir saturé d’engrais liquide deux fois par semaine… Trois mois de résistance, un record ! Le précédent avait baissé la garde bien plus vite face à la sophistication extrême et surtout constante de ses soins jardiniers. Elle a prévenu la concierge afin qu’elle vienne nourrir Monsieur Chat. C’est un petit matou tranquille qui peut vivre seul sa vie dès qu’il n’a pas à trouver lui-même sa nourriture. Il a gardé ce nom, « Monsieur Chat » du jour où Raphaëlle, en panne d’imagination pour le nommer, a découvert que c’était un mâle alors qu’on lui avait donné soi-disant une femelle.
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26 mai 2008 par soiseb
Où est-il… C’est bien simple vous verrez, dans la salle au fond à gauche, au bout du mur…
Le gardien m’a répondu avec l’air de celui qui a tout vu de son regard délavé, l’air de celui que la fréquentation des grands maîtres n’impressionne plus depuis longtemps, l’air de quelqu’un qui s’en fiche et que plus rien ne peut émouvoir, l’air du type qui vient là depuis des jours, des semaines, des mois, des années, ce qui lui fait une sorte de vie momifiée dans ce temps suspendu qui est celui d’un musée.
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19 mai 2008 par soiseb
Avec des yeux lointains accrochés aux balustrades comme récifs récalcitrants, les gens regardent la mer, et les phoques étalés sur le flanc qui se vautrent dans un soleil intermittent. Ils regardent ces grosses limaces assez folles pour aimer le froid du vent qui remonte le fleuve avec ses baleines que n’effrayent ni le regard bruyant des hommes ni les eaux salines qui se brouillent avec celles du Saint Laurent. Il en faudrait des aveuglements pour ne pas remarquer ce cercle d’algues indécises tirées par les terres, et poussant au-delà des villes ses bruines marines faites de sel et de vent.
Les eaux dansent une étrange valse qui semble un acte qu’on dirait, presque d’amour. A chaque marée elles répètent du lever du jour au crépuscule, cette parade sans lendemain. Que peuvent attendre de cette rencontre deux aventures, âpre et douce, si dissemblables, que rien ne vient les rapprocher ?
Le fleuve se retire devant la mer qui lui jette sa violence obstinée, et lui de se replier comme une branche souple face à ses assauts. Puis, à peine quelques heures écoulées – mais cela a-t-il un sens ? – les eaux du delta s’étalent, tranquilles, sereines, avec la persévérance du bon écolier. Le bord d’une vague défrise doucement le littoral que la mer avait ourlé.
Loin derrière ce ballet, dans le dos aveugle des gens qui regardent la mer, les collines respirent, décalant en camaïeux ses gris, clairs comme l’aube puis plus foncés et enfin, tout proche des yeux, noirs en plein jour.
Françoise Chauvelier le 30.08.06
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12 mai 2008 par soiseb
L’homme est assis, immobile, les deux mains posées sur le sol de chaque côté de son corps; la tête est droite, le regard à l’horizontale. Il attend.
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16 avril 2008 par soiseb
La femme est debout dans l’ombre, ombre elle-même noyée par l’absence de lumière. Sur le boulevard, des voitures glissent dans le chuintement mouillé de l’asphalte, laissant pour trace de leur passage des hiéroglyphes brillants et mobiles qui s’estompent en petites bulles éphémères. Quelques silhouettes pressées se bousculent près de la bouche de métro et un Turc rassemble les dernières braises sous ses marrons qui n’en finissent pas de griller. Sous les réverbères la pluie semble se précipiter en nuées scintillantes et sinistres.
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