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	<title>le fracas du silence</title>
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	<description>Des nouvelles pour tous...</description>
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		<title>le fracas du silence</title>
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		<title>Jeune fille à la biche</title>
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		<pubDate>Sun, 26 Apr 2009 17:00:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>soiseb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Jeune fille à la biche.  (A Rebecca) Le petit sentier sommeille entre les prés couverts de blé. Il y a beau temps que la pluie n&#8217;est pas venue dans ce coin de pays. L&#8217;air craque de tous les incendies possibles. On entend même les soupirs des épis trop lourds qui plient des tiges trop grandes [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=soiseb.wordpress.com&amp;blog=1062795&amp;post=240&amp;subd=soiseb&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><a href="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/04/biche.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-241" title="biche" src="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/04/biche.jpg?w=450&#038;h=329" alt="biche" width="450" height="329" /></a></p>
<p style="text-align:center;">Jeune fille à la biche.  (A Rebecca)</p>
<p>Le petit sentier sommeille entre les prés couverts de blé. Il y a beau temps que la pluie n&#8217;est pas venue dans ce coin de pays. L&#8217;air craque de tous les incendies possibles. On entend même les soupirs des épis trop lourds qui plient des tiges trop grandes et dans le couvert de cette végétation, les mulots sont tapis en attendant des jours moins chauds. C&#8217;est la troisième semaine sans eau.</p>
<p><span id="more-240"></span></p>
<p>Il y avait bien le ruisseau au bout du village qui chantonnait hier encore mais on ne l&#8217;entend plus. Il est absorbé par son propre lit dans lequel il laisse quelques traces humides qui assèchent la bouche et font rêver de piscine. Mais qui aurait une piscine ou ne serait-ce qu&#8217;une pataugeoire ? Et même une baignoire, une salle d&#8217;eau, enfin un espace véritable où faire sa toilette ? Ici, les âmes sont frustres et les bras travailleurs. On n&#8217;a pas le temps de ces choses-là. Aussi se lave-t-on dehors à la pompe ou devant l&#8217;évier dans la grande pièce qui tient lieu de cuisine et de salle où l&#8217;on mange et l&#8217;on veille en écoutant des histoires, les mains occupées de travaux. Ces histoires, ce sont toujours les mêmes et qui racontent la vie d&#8217;ici. Les hectares à cultiver, la tristesse de la jachère quand il faut laisser la terre se reposer, puis les tonnes de blé ou de pieds de tabac que l&#8217;on a déjà brassé et qu&#8217;on brassera encore. Parce que la vie ici est comme ça, faite de labeurs durs qui reviennent chaque année et qui donnent aux hommes le sentiment d&#8217;exister vrai. Pas comme ceux de la ville qui courent après des chimères et se meurent d&#8217;une main un peu infectée en pleurnichant sur des douleurs inventées. Enfin c&#8217;est comme cela qu&#8217;on les voit, ceux de la ville. Et encore ne les voit-on pas beaucoup, parce que le pays d&#8217;ici ne les intéresse pas. Parfois l&#8217;un d&#8217;entre eux s&#8217;égare dans le coin et ça fait conversation, mais pas trop. Ils sont vraiment différents, ces gens-là.<br />
Esther est arrivée au bord de la forêt. L&#8217;air pèse de toute sa chaleur sur ses épaules et Esther aime ça. Elle aime ce gros soleil qui s&#8217;obstine et écrase chaque relief du terrain sous sa lumière blanche tant elle est dure et forte, crue, comme la chair de ces pommes de terre que la mère a serrées dans la grange à l&#8217;ombre de gros sacs de jute. Esther va vérifier l&#8217;état de la mare à l&#8217;autre bout du bois. D&#8217;avance elle frissonne. Sur ses bras la peau se hérisse et se rétracte. Une fois entrée sous les couverts, Esther sait qu&#8217;elle en appréciera la relative fraîcheur mais pour le moment son corps se cabre. De l&#8217;autre côté, les collines se tassent à la recherche de leur ombre tandis que les cigales stridulent leur folie étourdissante. Esther vacille entre clair et obscur, puis d&#8217;un pas frileux elle pénètre dans le sous-bois. Tout y est silence. Les clameurs de la lumière se sont tues et le monde a cessé de vibrer en perdant ses couleurs. Chaque coin de ce bois s&#8217;oublie tant il est feutré de demi-jours opaques qui occultent les lueurs parvenant jusqu&#8217;en ces lieux. Esther avance doucement, l&#8217;oreille à l&#8217;écoute des silences qui se chevauchent en grosses épaisseurs tendres comme un matelas de ouate.<br />
- Comme l&#8217;air est ombrageux ici pense-t-elle, et sur son épaule droite un rayon de soleil pose une minuscule perle d&#8217;or qui coule sur son bras puis se perd dans le fouillis des herbes. Elle marche sans faire de bruit pour respecter elle ne sait quel pacte qu&#8217;elle aurait conclu sans même se le dire.<br />
À quelques pas le sentier amorce un virage qui disparaît derrière de hauts sapins placides. À peine a-t-elle franchi cet espace qu&#8217;elle se trouve face à une biche haute et sereine qui la regarde venir, l&#8217;oreille dressée et une patte déjà relevée, prête à faire volte-face. Esther s&#8217;arrête, retenant tout mouvement pour ne pas effaroucher l&#8217;animal. Immobile, elle ne quitte pas du regard la biche au pelage brun clair. Visiblement celle-ci a eu le temps d&#8217;explorer ce coin de forêt et la plupart des arbres portent des marques fraîches d&#8217;écorçage. Le face-à-face se prolonge. Il s&#8217;étire paresseusement de la jeune fille à l&#8217;animal, il s&#8217;enroule autour de leurs deux surprises apaisées. Le moment dure qui a la touffeur douce de la moire, posé là entre elles deux, faisant un pont de torpeur délicieuse qui retient légèrement le souffle aux bords des lèvres et du museau. Le double regard glisse, tendre et interrogateur. Il murmure le plaisir de la solitude quand la tribu est trop lourde, et celui de la liberté d&#8217;aller quand la liberté est rare. La jeune fille s&#8217;est appuyée sur le tronc d&#8217;un arbre, dans la belle fixité des âmes séduites écoutant sans retenue l&#8217;autre.<br />
Les yeux de la biche, soyeux et brillants, sont bordés de cils noirs que la nature a étiré démesurément, donnant à l&#8217;animal cette allure sensuelle des jeunes demoiselles innocentes. La biche soupire un instant &#8211; faut-il donc déjà se quitter? &#8211; puis en un mouvement léger et gracieux, elle repart sous les frondaisons. Arrivée sur le dernier monticule visible qui mène aux grandes futaies de la forêt, la biche s&#8217;arrête. Elle se retourne. Esther lui sourit. Un moment de grâce, ce croisement de vies.<br />
- Maintenant va ton chemin ma douce, va&#8230; La biche s&#8217;éloigne et Esther a l&#8217;impression que par connivence, la femelle exagère un peu le déhanchement sur lequel elle disparaît.</p>
<p style="text-align:right;">Françoise Chauvelier, 26 mars 2005</p>
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		<title>Liturgie marine</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Apr 2009 09:50:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>soiseb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Liturgie marine. L&#8217;océan jette les armes de ses vagues, hordes échevelées qui butent sur les plages En crabes affairés, poussant le varech et les mouettes silencieuses Au dessus des soupirs bousculés de l&#8217;écume à l&#8217;écume Ajoutée. Rien ne dira la stupeur de l&#8217;âme face à la mer, quand elle étire vers les lointains Ses bleus [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=soiseb.wordpress.com&amp;blog=1062795&amp;post=234&amp;subd=soiseb&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;">Liturgie marine.</p>
<p>L&#8217;océan jette les armes de ses vagues, hordes échevelées qui butent sur les plages<br />
En crabes affairés, poussant le varech et les mouettes silencieuses<br />
Au dessus des soupirs bousculés de l&#8217;écume à l&#8217;écume<br />
Ajoutée.</p>
<p><span id="more-234"></span><br />
Rien ne dira la stupeur de l&#8217;âme face à la mer, quand elle étire vers les lointains<br />
Ses bleus lazulites en largos lascifs, volupté sans âge<br />
Dont la matière lui échappe aujourd&#8217;hui encore<br />
Et toujours.<br />
Le littoral en franges découpées court le long des incertitudes que sont les côtes,<br />
Tour à tour baignées puis noyées dans les brumes<br />
Qui font chagrin au corps et figent la main<br />
Sur l&#8217;impossible des mots.<br />
Comment raconter ces morsures marines en lutte avec la terre des hommes,<br />
Ces amoureux craintifs de l&#8217;eau qu&#8217;ils vénèrent telle une mère<br />
Alors que d&#8217;elle le coeur se glace, prêt à mourir<br />
S&#8217;il le faut, dans l&#8217;instant même où il ne voulait<br />
Que vivre ?<br />
Pourquoi faudrait-il chercher ces littorines<br />
Cachées aux creux des rochers, que le ressac agace<br />
De ces infinis mouvements sans cesse renouvelés,<br />
Et se pencher sur les grèves désolées pour y cueillir<br />
Un seul coquillage ?<br />
Y a-t-il même un espace où poser le regard,<br />
Quand le temps s&#8217;est pris les pieds dans les déferlements<br />
Qui usent les vies à force de caresses brutales,<br />
Et malmènent les cordes au bout desquelles pendent<br />
Nos espoirs ?</p>
<p>Françoise Chauvelier, 15 janvier 2005</p>
<p>Pour télécharger ce texte en format pdf, cliquez sur le lien suivant: <a href="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/04/liturgie_marine.pdf">liturgie_marine</a></p>
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		<item>
		<title>Univers intime</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Mar 2009 16:05:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>soiseb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Univers intime&#8230;Quel étrange parcours depuis la totalité des choses et des êtres -on ne conçoit pas d&#8217;univers à moins- jusqu&#8217;à cet intérieur subtil qu&#8217;évoque l&#8217;intime, le profond, le secret ! Rude problème de géométrie s&#8217;il s&#8217;agit de placer le &#171;&#160;Tout&#160;&#187; &#171;&#160;très au-dedans d&#8217;un foyer&#160;&#187; si privé qu&#8217;on se demande comment en soupçonner ne serait-ce que [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=soiseb.wordpress.com&amp;blog=1062795&amp;post=231&amp;subd=soiseb&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Univers intime&#8230;Quel étrange parcours depuis la totalité des choses et des êtres -on ne conçoit pas d&#8217;univers à moins- jusqu&#8217;à cet intérieur subtil qu&#8217;évoque l&#8217;intime, le profond, le secret !</p>
<p><span id="more-231"></span></p>
<p>Rude problème de géométrie s&#8217;il s&#8217;agit de placer le &laquo;&nbsp;Tout&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;très au-dedans d&#8217;un foyer&nbsp;&raquo; si privé qu&#8217;on se demande comment en soupçonner ne serait-ce que l&#8217;existence ! A moins que cet intime ne soit qu&#8217;un simple chez-soi aux portes grand ouvertes sur les hommes et les astres, les choses et le monde, sorte d&#8217;auberge espagnole où chacun entrerait et sortirait à loisir, apportant qui ses mots, qui la chaleur de ses rayons, un tel ses enfants comme dans ces tableaux de genre propices à l&#8217;éloge de la vie de famille et tel autre encore ses frontières, ses lignes Maginot, ses idées toutes faites, ses ostracismes sans état d&#8217;âme. On peut à l&#8217;avance deviner le désordre, l&#8217;anarchie qui règnerait entre ces convives si peu conciliables et à peine conciliants. Ce ne serait plus un univers mais le chaos ! Bref, l&#8217;univers intime est aberration conceptuelle, impossibilité théorique et folie dangereuse.</p>
<p>Pourtant&#8230; pourtant les hommes rêvent de fils de soie doucement enroulés autour de leur âme, de tendres chrysalides dans l&#8217;attente des métamorphoses qui verraient tomber leurs petites médiocrités et éclore leur génie enfin reconnu de tous. Les hommes sont ainsi faits qui veulent porter haut et fort le plus profond de leur être à la reconnaissance du monde, qui veulent que leur moi soit à la mesure de l&#8217;univers.</p>
<p>Univers intime ..? Une énigme définitive probablement en ce qu&#8217;elle est l&#8217;affaire de chacun partagée par tous.</p>
<p style="text-align:right;">Françoise Chauvelier, 11 mai 2002</p>
<p style="text-align:right;"> </p>
<p style="text-align:left;">Pour télécharger ce texte en format pdf, cliquez sur le lien suivant: <a href="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/03/univers_intime.pdf">univers_intime</a></p>
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		<item>
		<title>Où es-tu ? Keddoucha</title>
		<link>http://soiseb.wordpress.com/2009/03/23/ou-es-tu-keddoucha/</link>
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		<pubDate>Mon, 23 Mar 2009 10:10:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>soiseb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Où es-tu ? Kéddoucha La synagogue bruisse d&#8217;une joyeuse ferveur autour de Sarah. Pour célébrer sa bat-mitzvah la princesse du jour a revêtu un petit air sage et décidé au dessus d&#8217;une veste bleue qui fait des clins d&#8217;œil printaniers au ciel chagrin. La jupe flirte avec les genoux aux rondeurs indécises, ne parvenant pas [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=soiseb.wordpress.com&amp;blog=1062795&amp;post=225&amp;subd=soiseb&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;">Où es-tu ? Kéddoucha</p>
<p style="text-align:justify;">La synagogue bruisse d&#8217;une joyeuse ferveur autour de Sarah. Pour célébrer sa bat-mitzvah la princesse du jour a revêtu un petit air sage et décidé au dessus d&#8217;une veste bleue qui fait des clins d&#8217;œil printaniers au ciel chagrin.</p>
<p><span id="more-225"></span></p>
<p>La jupe flirte avec les genoux aux rondeurs indécises, ne parvenant pas à se maintenir à sa place, gagnant quelques centimètres à l&#8217;occasion des mouvements du corps qui obéit sans hésiter au rituel du culte ou perdant une bonne longueur d&#8217;ourlet lorsque la fillette s&#8217;assied en attendant d&#8217;intervenir de nouveau dans la cérémonie. Ainsi selon les moments Sarah vieillit, poussée vers l&#8217;âge indéterminé un peu désuet de ces saisons qui passent sans rien retenir des modes vestimentaires, puis elle réapparaît en petite fille potelée et rieuse prête à ramener d&#8217;un geste crâne et vigoureux ses cotillons pour s&#8217;élancer dans une cavalcade désordonnée.<br />
Le tissu du vêtement est d&#8217;un mauve léger couleur de brumes nocturnes ou d&#8217;aurores encore retenues par la fraîcheur du matin. Il glisse sans cesse, s&#8217;échappe, coule autour du corps dans une absolue indifférence à la solennité des lieux. Il est habité de délicieux mouvements qui parlent, encore&#8230; déjà&#8230;, de cris, de jeux, de parties de cache-cache sans fin, sans vainqueur ni vaincu.<br />
Mais pour l&#8217;instant Sarah ne le voit pas de cet œil et elle lisse du plat de la main l&#8217;habit récalcitrant. Les fantaisies de sa toilette l&#8217;agacent et il lui semble déjà deviner l&#8217;esquisse d&#8217;un sourire amusé chez quelques participants émus devant tous ses efforts de gravité contrariés par les caprices de sa tenue. Sarah s&#8217;adosse contre le dossier de sa chaise et profite discrètement de ce geste pour coincer sa jupe sous ses cuisses. Ce faisant elle peut la maintenir à la longueur désirée, juste à la hauteur des genoux. Seulement il lui faut déjà se relever puis se rasseoir. Le vêtement profite de l&#8217;occasion, se rebelle en un flot qui échappe aux tentatives de la jeune fille pour le ramener à de plus graves considérations, il s&#8217;étire en camaïeux violines qui se saisissent de la lumière puis la retiennent au creux de plis plus sombres comme pour mieux la faire rebondir en scintillements rosés, jouant avec les ombres que les nuages affolent de l&#8217;autre côté des fenêtres. « Plus court&#8230; plus long&#8230; là c&#8217;est bien&#8230; non c&#8217;est mieux comme cela ». Les mots tournent à toute vitesse dans la tête de Sarah. Trop enfantin&#8230; non, vieillot&#8230; encore un essayage, puis un autre et de nouveau on refait l&#8217;ourlet pour le défaire aussitôt. Assez !<br />
La princesse du jour sort de sa rêverie passagère, elle relève la tête. L&#8217;assemblée, houle docile, attend son signal pour reprendre les mots que Sarah entonne d&#8217;une voix assurée. La jeune fille est portée par sa propre ferveur à dire la responsabilité qu&#8217;elle veut avoir de sa liberté à venir, elle chante haut et clair sans la moindre crainte, sans le moindre doute. Autour d&#8217;elle les plis de sa jupe s&#8217;ordonnent dans un soupir soyeux, là, juste à la bonne hauteur ainsi qu ‘en a décidé Sarah, à hauteur des genoux.</p>
<p style="text-align:right;">Françoise Chauvelier, 04/06/2002</p>
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		<title>Histoire d&#8217;un naufrage</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Mar 2009 20:29:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>soiseb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Histoire d&#8217;un naufrage, ici ou là, ailleurs peut-être.Qu&#8217;est-ce que je fais là, moi, assis à cette table devant un café qui refroidit dans sa tasse et cette horrible cigarette dont le goût m&#8217;est insupportable ? De l&#8217;autre côté de la vitre des hommes et des femmes passent, promenant leur plaisir de touristes dans d&#8217;informes sacs. [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=soiseb.wordpress.com&amp;blog=1062795&amp;post=218&amp;subd=soiseb&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Histoire d&#8217;un naufrage, ici ou là, ailleurs peut-être.Qu&#8217;est-ce que je fais là, moi, assis à cette table devant un café qui refroidit dans sa tasse et cette horrible cigarette dont le goût m&#8217;est insupportable ?</p>
<p><span id="more-218"></span></p>
<p>De l&#8217;autre côté de la vitre des hommes et des femmes passent, promenant leur plaisir de touristes dans d&#8217;informes sacs. Une bouteille d&#8217;eau, un plan de la ville ou un guide, le catalogue de la dernière exposition visitée, une plaquette d&#8217;aspirine, un petit foulard, le carnet si précieux dans lequel on a pris des notes qu&#8217;on n&#8217;osera jamais jeter et qui traîneront quelques années au fond de l&#8217;oubli d&#8217;un placard&#8230; Un monde que l&#8217;appareil photographique avale, cliché après cliché, la Seine et Notre-Dame et les quais, si beaux, si froids, si tristes de tant de solitude malgré le pont qui penche sur eux la caresse de ses courbes. Il y a des arbres frissonnant encore de la dernière pluie et des flaques irisées que troublent des enfants désoeuvrés, et tout cela qui est si charmant, si charmant qu&#8217;un semblant d&#8217;ivresse doit cueillir les têtes et faire chavirer les coeurs. Peut-être devient-on vite amoureux de l&#8217;autre côté de la vitre, amoureux de soi, amoureux d&#8217;un autre, amoureux de ce coin de ville qui ressemble tellement à son image qu&#8217;à cette image il s&#8217;est mélangé.<br />
Ici le bruit des verres a remplacé celui des tasses et soucoupes entrechoquées. Le sucre dans son minuscule sachet fait rêver à des lignes de blanche qu&#8217;on pourrait aspirer. Rêve sans avenir qui bute d&#8217;avance sur la lente inspiration muette sachant si peu d&#8217;elle-même et de ses effets. Le garçon s&#8217;est planté devant la porte, le dos au comptoir et les index glissés sous la ceinture de cuir qui soutient les pochettes dans lesquelles il glisse billets et pièces. Parfois, il lance de banales remarques que personne n&#8217;écoute et auxquelles les habitués répondent comme s&#8217;il s&#8217;agissait de propos d&#8217;importance. Ainsi passe aussi le temps, dans les mouvements factices de ces hommes et de ces femmes de ce côté-ci de la vitre.<br />
Et moi, qui ne sais pas ce que je fais là.</p>
<p>Sous un banc éclaboussé d&#8217;ombres et de soleils émiettés, un moineau picore dans la poussière. Peut-être y trouve-t-il ce que les pigeons voraces ont négligé, pressés de voler aux mains d&#8217;une pauvre vieille les grains de riz qu&#8217;elle sort du baluchon qui lui tient lieu de sac. Elle jette autour d&#8217;elle des regards inquiets. Et si un gardien venait ? Et si des garnements s&#8217;avisaient de moquer ses bras maigres et tout griffés que les lourds volatiles n&#8217;ont garde de ménager depuis qu&#8217;elle erre de jardin en jardin pour leur donner à manger? Un dernier venu s&#8217;approche d&#8217;elle, l&#8217;oeil dur et noir comme un bouton de bottine, comme le bouton d&#8217;une bottine que j&#8217;imaginerais. Je n&#8217;en ai jamais vue si ce n&#8217;est sur des gravures. Je le veux rond et brillant, prétentieux de toute l&#8217;arrogance de sa fonction, fier de sa petitesse à l&#8217;utilité aussi manifeste. Le pigeon se dandine avec un sérieux qui prêterait à rire mais je n&#8217;ai aucune tendresse pour lui. Pire, je le déteste lui et tous ses comparses avides. J&#8217;imagine même quelque tornade joyeuse qui les emporterait dans un seul et grand mouvement. Cependant qu&#8217;adviendrait-il de la petite vieille avec ses bras tout griffés ? Avec qui viendrait-elle parler si tous les pigeons de la ville venaient à disparaître au creux d&#8217;une bourrasque, rendant ainsi à chaque place, à chaque statue et chaque arbre la pureté de sa jeunesse débarrassée de la souillure de leur présence. Peut-être renoncerait-elle à venir et le jardin serait encore plus vide.<br />
Pourtant ce jardin est traversé de mondes parallèles dans lesquels je voudrais bien entrer. Mais j&#8217;ai beau regarder et voir et écouter, je reste dehors. Des jeunes gens rient à pleine bouche tandis que des filles belles à sortir des rêves de chacun s&#8217;absorbent dans les pages de livres que je n&#8217;ai pas lus. Des hommes s&#8217;affairent avec tout le sérieux de l&#8217;enfance autour des réseaux complexes de leurs vies et finissent par se poser au sommet de celles-ci, partagés entre leur incurable vantardise et les soubresauts de leur modestie, à moins que ce ne soit ceux de leur frilosité. Sérieuses et gourmandes comme chat à l&#8217;affût, deux femmes murmurent autour d&#8217;un secret lourd et fascinant qui n&#8217;en finit pas. Ça leur fait comme une longue et délicieuse jouissance.<br />
J&#8217;aimerais avoir un bout de ce secret. Je le roulerais au creux de mon oreille et ne le dirais à personne. Alors, peut-être serais-je un peu d&#8217;ici, là où les mots se disent et que je ne comprends pas.</p>
<p>Le flot de voitures court son chemin vers le bout de la rue et la place immense où il se dilue dans des vagues infinies que personne ne regarde. C&#8217;est trop loin la mer, pour en entendre le ressac et trop sauvage pour en garder l&#8217;âpre parfum iodé. Un couple roule, alangui dans une tiédeur que je suppose tendre. Des enfants encore, fort sages, se penchent sur leurs songes derrière des parents emmurés dans leur silence. Et cette femme qui parle seule, peut-être, ou cet autre au regard meurtrier qui précipite son agressivité vers le feu tricolore qui n&#8217;en finit pas de raconter ses couleurs. On lui en a donné si peu, comment peut-il s&#8217;en sortir ? Je l&#8217;aiderai volontiers, il faudrait juste me le demander et m&#8217;en donner le pouvoir. Alors j&#8217;attends. Vert, orange, rouge, vert, orange, rouge, vert&#8230; Vers quoi puis-je me tourner si tard et si loin de tous, quand tous ont déjà leur journée programmée, bien emballée dans le papier de soie de leurs passions et de leurs devoirs, de leurs déplacements et autres changements de direction qui ne me concernent pas ?<br />
Si ailleurs et là-bas avaient pour moi si belle et grave importance. </p>
<p style="text-align:justify;">Dans le bureau l&#8217;humidité grignote le terrain. Hier, c&#8217;était les plinthes qui n&#8217;ont rien trouvé à redire et aujourd&#8217;hui, l&#8217;encoignure des murs se laisse ronger par le mal silencieux. Il paraît qu&#8217;ils vont déménager, l&#8217;immeuble est insalubre. Saleté soumise, abdication du balai et du désir, tout fiche le camp pour un autre camp aussi déserté. Des femmes habillent les enfants et des pères à genoux sur les valises qui ont vu tous les pays de la misère ou de la terre, c&#8217;est tellement ressemblant, forcent le dernier paletot à écraser les défroques précieuses qu&#8217;on ne peut laisser derrière soi. Ici je vais m&#8217;installer. Là je tirerai mon lit à rêve et à oubli. Puis je poserai sur cette planche bancale mes stylos dépareillés et la rame de papier dont il me reste quelques feuilles. Alors, je vivrai comme vivent les vrais princes, dans l&#8217;orgueil et la solitude. Ou peut-être l&#8217;inverse d&#8217;ailleurs. J&#8217;écrirai. Pas trop cependant. Une douzaine de pages pour dire tout de la vie et des hommes. Il va me falloir réfléchir mais après, il n&#8217;y aura plus un mot, plus un geste, plus un rêve que je n&#8217;aurai touché de mon verbe. Je serai arche de Noé à moi seul. Je porterais le monde au bout de ma plume. Oui, décidément, c&#8217;est là que je vais m&#8217;abriter.</p>
<p>Mon Dieu, quel naufrage.</p>
<p style="text-align:right;">Françoise Chauvelier, 19 décembre 2004</p>
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		<title>Désordres troubles et humeurs du côté de chez Broca</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Mar 2009 16:01:14 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Il est de multiples façons de mourir et les hommes se plaisent à faire des classifications plus ou moins amusantes de cet événement somme toute banal. Nous savons que l&#8217;être humain est toujours en sursis, mais l&#8217;oubli que nous en avons nous permet de retomber dans une de nos manies préférées, la classification. Mourir de [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=soiseb.wordpress.com&amp;blog=1062795&amp;post=213&amp;subd=soiseb&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Il est de multiples façons de mourir et les hommes se plaisent  à faire des classifications plus ou moins amusantes de cet événement somme toute banal. Nous savons que l&#8217;être humain est toujours en sursis, mais l&#8217;oubli que nous en avons nous permet de retomber dans une de nos manies préférées, la classification.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-213"></span>Mourir de sa belle mort, dans son lit par exemple est une mort fort cotée. Il en est qui aspirent à une mort pleine de passion, sur la scène ou en jouant de la musique, en chantant, en mer, voire le verre la main. Cependant la plupart affirme que le seul critère vraiment indispensable est l&#8217;absence de souffrance. D&#8217;où la réticence quasi universelle d&#8217;une mort provoquée par la maladie. On meurt dans ce cas aussi de façons très diverses, gangrène, sida, insuffisance rénale et manque de globules, bref dans ce domaine tout est possible&#8230; et franchement déconseillé. L&#8217;idée qu&#8217;en plus de la mort il faille préalablement souffrir est insupportable. Toute la difficulté vient de ce que d&#8217;aucun ne sait exactement à quoi s&#8217;en tenir pour l&#8217;après. Vivre et mourir marchent l&#8217;amble mais ce n&#8217;est pas une raison suffisante. Que vies et morts soient naturelles ou scandaleuses, misérables ou grandioses ou encore tout simplement ordinaires, l&#8217;humanité semble avoir perdu le fil de cet enchaînement des faits. Il lui a donc fallu inventer une moultitude de théories qui ne sont qu&#8217;hypothèses  pour bercer ses angoisses.<br />
En effet là où l&#8217;animal dort, chasse, mange, jouit, l&#8217;homme qui veut toujours faire plus et mieux s&#8217;interroge en exerçant exactement ces mêmes activités. Et c&#8217;est ce qui change tout. Non pas que l&#8217;homme soit incapable de dormir ou de jouir, mais il va falloir qu&#8217;il le dise, qu&#8217;il se le dise. Ses débauches d&#8217;énergie, souvent prédatrices, ainsi sur son lieu de travail, dans les campagnes, parfois même en remplissant tout simplement un carnet scolaire, s&#8217;accompagnent de réflexions qui font son bonheur et son malheur d&#8217;animal humain. La peur inscrite dans son instinct se double du souvenir de telle ou telle peur vécue qui traîne derrière elle son chargement d&#8217;émotions, de mains moites et de palpitations, de doutes qui rongent son âme, si c&#8217;est bien d&#8217;elle qui s&#8217;agit, jusqu&#8217;à l&#8217;os. Certes les matérialistes diront que d&#8217;âme il n&#8217;y a point et que ce ne sont qu&#8217;élucubrations de doux rêveurs ou d&#8217;exaltés fanatiques. Il n&#8217;empêche ! L&#8217;homme a besoin de s&#8217;inventer un petit quelque chose et personne jusque-là n&#8217;a réussi à s&#8217;en passer. Que cela s&#8217;appelle lutte des classes ou éthique, épicurisme ou empirisme, que ça ressemble à un dieu tout doré ou à un matelas de billets de banque, ce petit quelque chose est humain, spécifiquement humain.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais venons-en au titre de cet ouvrage, titre qui est à lui seul une sacrée aventure.<br />
Désordres et troubles font imaginer une totale absence de règles. Envisageons donc un cas pathologique pour lequel des cellules cérébrales ne partiraient pas à l&#8217;heure alors que d&#8217;autres dérailleraient, des neurones  disjoncteraient et péteraient les plombs à vous couper le courant à tous les étages, ascenseurs compris. Songez un peu à votre situation, coincé entre deux paliers, incapable de descendre ou de monter alors qu&#8217;au-dessus de votre tête les câbles grésillent et que déjà sous vos pieds le sol se dérobe tel un nuage sous une jeune fille au bord de l&#8217;évanouissement.<br />
Peut-être faut-il concéder que le terme de troubles introduit une dimension qui nous éloigne quelque peu du grand bazar bruyant auquel les désordres nous ont initié sans ménagement. Un trouble, ça ressemble déjà à un soupçon, ce n&#8217;est encore ni clair ni net, ça ne tranche pas dans le vif du sujet. Un trouble caresse la surface d&#8217;un lac et la ride doucement, un trouble incite au frémissement et ne fait pas ravage. Aucune tornade à l&#8217;horizon. Pas de cyclone ou autre typhon. Étrange accointance donc entre l&#8217;anarchie des désordres et l&#8217; ambiguïté des troubles. On pourrait à ce propos poser une première question mais il ne faut pas trop compter sur une réponse parce que le milieu médical a ses propres discrétions cachées derrière des mots dont le sens échappe à tout béotien, même porté sur la chose. Si par hasard vous êtes vous-même le patient, il ne vous reste plus qu&#8217;à patienter.<br />
Ne laissons pas pour autant traîner ces humeurs dont nous savons combien elles sont fluctuantes pour la grande majorité des humains. Le terme donne une idée assez juste du manque de constance du comportement cellulaire qui fonctionne nécessairement selon une logique qui nous rappelle celle de la Pierre de Rosette sur laquelle nous penchions l&#8217;excitation exploratrice de nos dix ans. Nous n&#8217;y comprenons à peu près rien. Ainsi nous évitons le mot fatidique de cancer qui conduit invariablement les trois-quarts des lecteurs potentiels à renoncer à la lecture d&#8217;un ouvrage portant un titre défiguré par ce genre de terme. Reconnaissons qu&#8217;un bouquin s&#8217;appelant quelque chose comme « le cancer en dix leçons » ou « comment je me suis sorti de l&#8217;impasse du cancer » ou même « pourquoi le cancer m&#8217;a-t-il coincé ? » et encore « cette tumeur qui tue. » n&#8217;a rien de jubilatoire. La vie est déjà assez dramatique sans qu&#8217;il soit nécessaire de rajouter aux violences faites aux hommes, au chômage, aux problèmes des jouvenceaux et aux crises d&#8217;amour, le plombage d&#8217;une telle maladie. Évidemment la France de soixante millions d&#8217;habitants voit mourir une quantité non négligeable d&#8217;individus, à la suite, des suites, bref du fait de cette maladie. Tout ceci reste pourtant bien abstrait. La mort de notre voisin de palier ne nous émeut guère plus qu&#8217;un émeu. Pourtant il suffit de coller des mots ensemble pour faire récit de ce qui va devenir NOTRE expérience, et nous nous mettons à pleurer comme le jour où notre grand frère nous a appris exprès que le Père Noël n&#8217;existait pas. Sans compter tout l&#8217;auditoire qui va écraser une larme dans un Kleenex, fera semblant d&#8217;éternuer ou sortira ses lunettes de soleil en plein mois de décembre pour cacher des yeux un peu rouges et parfois très humides.<br />
Nous voilà donc face à ces désordres, ces troubles et les humeurs qui les accompagnent. Le mystère s&#8217;épaissit encore lorsque nous poursuivons notre déchiffrage. «Du côté de chez Broca » a un petit parfum de madeleine. On suppose un nouveau Proust désireux de croquer ici une silhouette encore vierge pour peindre ce temps qui dure et n&#8217;en finit pas de passer, qui revient ses valises pleines de souvenirs, imprégnant, labourant nos âmes trop  fragiles d&#8217;êtres trop humains. Cependant Proust est mort, et personne ne peut réécrire la « Recherche du temps perdu ». Alors, Broca ?<br />
Broca est un mot inachevé, voire inachevable, un mot suspendu dans l&#8217;attente de sa complétude. Si au moins une lettre venait à le finaliser, un «s » ou un «d » ! Juste avant cette dernière, on pourrait même envisager un «r »&#8230; Brocards,  rêve d&#8217;étoffes ouvrant tout grand les portes de l&#8217;Orient, lourdes tentures damassées, ors et soies entremêlant aux moires les captifs secrets de la chair et du désir. Cependant par une étrange dérive phonétique, peut-être faut-il entendre aussi « brancard » qui rameute l&#8217;urgence d&#8217;hommes prêts à sauver ceux qui devraient mourir. Et puis quoi encore, si déjà  « brocarder » nous pousse du côté de la cruauté de l&#8217;homme à l&#8217;égard de son semblable quand celui-ci a le mauvais goût d&#8217;être à la fois si différent et si identique en même temps!<br />
Non décidément ce mot est impossible et ni Proust ni l&#8217;Orient ne peuvent le sauver. Reste donc l&#8217;image faussement étymologique d&#8217;un brancardier pratiquant le brancardage en brancardant un blessé. Ça peut nous remettre dans la bonne direction! Broca est en effet le nom d&#8217;un chercheur qui travaillait sur la localisation des centres cérébraux de la parole, la troisième circonvolution cérébrale gauche pour être précis, bref le genre de type qui a fini par déterminer un espace ou un lieu, une aire de notre cerveau grâce à laquelle nous parlons. Inutile soit dit en passant de se demander de quoi ça cause, la question n&#8217;est pas là. Il y a ainsi toute une liste de problèmes qui peuvent se poser au patient mais dont la gente des médecins n&#8217;a strictement rien à dire. Peut-être même n&#8217;entend-elle pas ces interrogations, peut-être n&#8217;en a-t-elle rien à faire, peut-être n&#8217;a-t-elle aucune réponse à fournir. Très vite on peut s&#8217;y habituer ou encore on peut jouer à y croire, à moins qu&#8217;il n&#8217;existe aucune autre solution aussi réaliste que le silence. Ou alors il faudrait croire au paradis et, croyance pour croyance, beaucoup d&#8217;entre nous préférons croire en la vie. De toute façon les débats qui tournent autour de la vérité, de la réalité et de la foi sont juste bons à faire des sujets de philosophie un peu vaseux, dont le traitement a donné à la plupart d&#8217;entre nous l&#8217;illusion en son temps d&#8217;être un génie compris ou méconnu, selon la note qu&#8217;a bien voulu nous attribuer un professeur dont le souvenir nous éblouit encore, tant il était fabuleusement passionnant ou désespérément  inintéressant.</p>
<p style="text-align:justify;">Retour aux pâturages de Broca sur lesquels ni bovins ni ovins ne paissent tranquillement. À lui seul l&#8217;hémisphère gauche suffit à nous faire rêver. Hémisphère nord, hémisphère sud, aurore boréale et soleil de minuit, tout concourt à bercer la poétique de nos images. Ici les sables de nos paroles se disent et murmurent, nos discours balbutient et s&#8217;intimident, nos cris font  miroir à nos peurs et  nos colères, nos bégaiements forcent notre langue récalcitrante. Et toutes nos parlottes pour ne rien dire, nos homélies pour déclarer nos passions, notre charabia quand la discussion nous échappe et nos raisonnements qui n&#8217;en peuvent mais de tant de raison ! Une si petite place pour tant de fonctions ! Il faut supposer une extraordinaire activité neuronale capable de déclencher des effets pareils avec feux rouges, rond points et priorités sur la droite ou priorité au premier engagé, clignotant obligatoire pour se rabattre, mesures d&#8217;urgence en cas de difficultés techniques, tout un code de bonne conduite qui permet d&#8217;effectuer sans difficulté les activités habituelles de la vie quotidienne. Ainsi nous nous brossons les dents, laçons nos souliers, nous établissons une liste de courses en songeant à ce qui manque dans le réfrigérateur et en prenant en compte ce que l&#8217;on a l&#8217;intention de préparer pour le dîner, nous urinons en vérifiant mentalement la dite liste et même parfois, nous traversons le jardin du Luxembourg en songeant aux instants de bonheur que nous y avons connu.<br />
Seulement voilà, le problème vient de ce qu&#8217;un rien met tout en déroute. Un rien peut prendre des visages très divers, la réparation d&#8217;une voiture, les bras tendres d&#8217;un amour ou une simple promenade digestive. L&#8217;un d&#8217;entre nous peut pérorer sur les fonctions du langage elles-mêmes, par exemple -communiquer, signifier, transmettre etc.- et s&#8217;écrouler de tout son long d&#8217;un seul et formidable foudroiement. C&#8217;est rudement long un corps étendu par terre, du moins c&#8217;est souvent l&#8217;impression qu&#8217;on en a. Admettons donc un corps dans son entier violemment terrassé par la seule présence d&#8217;un petit grain de sable dans cette aire de Broca. Nous sommes tentés de supposer que si Broca avait choisi la mécanique plutôt que la médecine nous serions plus tranquilles. Nous sommes tentés de le penser et de le dire en effet, mais décemment nous n&#8217;y croyons pas trop. Une aire n&#8217;est pas obligatoirement de tout repos ou encore de jeux. Les enfants n&#8217;y sont pas tout occupés de marelles et de cordes à sauter, de parties de chat courant derrière des souris prêtes à faire pouce pour arrêter ces mouvements ludiques incessants pour lesquels la définition des règles est essentielle.<br />
Ceci dit le grain de sable peut prendre des dimensions variables, grain de riz ou petit pois, pomme de reinette ou orange de Jaffa. Un véritable marché vantant sur tous les tons ses couleurs et ses parfums. Est-ce un peu trop imagé ? Les autorités médicales elles-mêmes se plaisent souvent à jouer cette carte jusqu&#8217;au bout, croyant à juste titre d&#8217;ailleurs que la représentation d&#8217;une olivette ou d&#8217;un avocat suspendu entre une foultitude de fils permettant les connexions précédemment évoquées, est de nature à calmer les esprits. Les plus posées de ces autorités s&#8217;en tiennent cependant à des propos plus ancrés dans la réalité, se bornant à constater une totale similitude entre le grain de riz incriminé et l&#8217;image radiographique qui en a révélé la présence. Voilà qui peut paraître plus sage et laisse tout de même aux fantasmes une bonne marge de manoeuvre. Aire de Broca ou pas, pourquoi s&#8217;interdire de rêver ?</p>
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Le grain de sable donc est dans la place. Il occupe les lieux, et selon différents paramètres, il porte des noms en conséquence. Barbares ou poétiques, chacun est à même de les apprécier depuis le quelconque gliome jusqu&#8217;au redondant  oligodendrogliome se faufilant et claquant dans nos bouches pour s&#8217;achever souvent en un barbouillis de sons non contrôlés. Il faut une bonne quinzaine d&#8217;années d&#8217;études éminemment spécialisées pour maîtriser ce vocabulaire racontant les risques que court notre cerveau avant que d&#8217;être éventuellement victimisé par un grain de sable auquel personne ne prête habituellement attention.<br />
Quoi qu&#8217;il en soit les symptômes sont à la hauteur de la situation. Le premier symptôme ne se manifeste pas. Il est. Il est ce  « rien » dont on ne soupçonne pas même la présence. Étrange « rien » qui déclenche d&#8217;aussi grands périls pour nos capacités de parler, de raconter, de verbaliser, et de fils en aiguilles, nous préparer à coudre en noir les désastres d&#8217;une existence quelque peu saccagée. Certes il y a tant de taiseux que ce ne serait pas une catastrophe, et tant de bavards qui s&#8217;écoutent parler qu&#8217;un peu de silence serait une mesure de salubrité publique. Soit, il n&#8217;empêche ! Et par quelque malignité du destin pouvons-nous imaginer que le silencieux se sachant condamné ait soudain envie de bavasser et le prolixe d&#8217;ajouter encore quelques mots à tous ceux qu&#8217;il n&#8217;a pas eu l&#8217;occasion de prononcer ? Sans compter que le langage est le propre de l&#8217;homme, alors comment celui ci va t il s&#8217;y retrouver s&#8217;il perd cette frontière ténue mais au combien têtue qui le distingue des autres animaux ? Bien sûr il lui resterait peut être le rire, mais à ce sujet nous n&#8217;avons aucune certitude. Comment concevoir un humain pris dans les filets et sursauts du rire et qui ne rirait de &#8230; « rien », semblable en cela à l&#8217;idiot dont les signes par trop manifestes de sa folie finissent par nous lasser ou nous inquiéter quand ils ne respectent pas l&#8217;apparence de nos normes.<br />
Revenons à la case départ, ce « rien », ce vide, cette absence de symptômes qui fait dérailler le grand train de nos petits quotidiens avant même de s&#8217;être déclaré. Ce « rien » là est rassurant et sournois. En fait le « rien » ne laisse rien savoir, rien voir, rien supposer et bien évidemment, rien anticiper. Nous pouvons deviner alors combien nos existences vont se trouver bouleversées dans de telles situations.<br />
Il est possible que ce « rien » se révèle dans toute sa lumineuse absence à l&#8217;occasion d&#8217;un contrôle simple, une arête plantée dans la gorge, un rhume qui traîne mouchoirs en papier et nez rouge pendant deux ou trois semaines, une oreille bourdonnante et pourtant bien débarrassée de tout objet destiné à diminuer les sons souvent monstrueux que notre entourage peut nous infliger.<br />
Bref ce qui conduit l&#8217;homme même le plus raisonnable chez un médecin généraliste peut se révéler une véritable épopée. Faudrait il  que nous nous préparions toujours au pire pour avoir le plaisir de constater de temps à autre que la vie est un ensemble de beaux miracles qui se répètent à l&#8217;envie ? Cette démarche supposerait cependant une conscience aigue de ce qui constitue la sagesse. Or tous les hommes étant persuadés d&#8217;être passés maîtres dans ce domaine, nous devrions en revoir la définition afin de vérifier que derrière leurs différentes positions ils parlent bien de la même chose. A priori il semble difficile de concilier les rigueurs de l&#8217;ascète, perché tel un saint Siméon sur sa colonne d&#8217;une bonne dizaine de mètres, à peine nourri d&#8217;une poignée de dattes et fuyant tout contact des femmes et les plaisirs luxuriants multipliant la consommation de bonnes chères aux chairs ajoutées. Ce ne sont là que possibilités extrêmes, certes. D&#8217;ailleurs seules les apparences sont trompeuses. Il est probable que ces extrémités se rejoignent, ainsi les méridiens et les longitudes qui se débrouillent fort bien pour se retrouver. Nous rencontrons Paris toujours au même endroit que nous partions par la Mongolie ou l&#8217;île Vancouver à moins que nous choisissions de passer par le pôle nord ou le pôle sud. Tout est donc éminemment relatif. Nous ne voyons donc pas pourquoi il faudrait lancer un débat pour dépasser les contradictions inhérentes à propos de cette question de la sagesse, alors que notre façon de quadriller la terre ne nous pose pas problème et fait même la preuve de son efficacité.</p>
<p style="text-align:justify;">De fait ce minuscule grain de sable ne se contente pas d&#8217;avoir des conséquences étonnantes quant à nos géographies métaphysiques. Il a aussi une incidence déterminante quant aux temps que nous vivons. Les choses se passent de façon telle qu&#8217;il est impossible d&#8217;avoir un vrai présent dans la mesure où l&#8217;avenir nous échappe. Peut-on accepter alors l&#8217;idée que le passé suffit à combler la succession des instants actuels ? C&#8217;est aller vite en besogne, et nous imaginons mal la vie d&#8217;un individu qui voudrait labourer son champ en utilisant les seuls outils de sa préhistoire. On peut concevoir qu&#8217;il fasse appel à quelques empreintes de sa vie passée, une vieille odeur qui remonte à la surface, l&#8217;intonation d&#8217;une voix péremptoire, l&#8217;image un peu floue d&#8217;une soeur chipie mais dans l&#8217;ensemble il s&#8217;agit tout de même de vivre dans le réel. Pas question donc de rameuter la totalité des souvenirs ayant creusé ses sillons depuis la petite enfance pour qu&#8217;elle assume par sa seule présence une véritable actualité. Mais en règle générale l&#8217;adulte globalement épanoui tend à se construire un peu plus chaque jour en s&#8217;appuyant sur son passé et se projetant sur son avenir de façon approximativement raisonnable. En cas d&#8217;échec ou de difficulté d&#8217;ailleurs, il a toujours la possibilité de consulter. La question de savoir « qui consulter »  semblant se perdre dans des méandres infinies, nous ne la traiterons pas ici. On dit qu&#8217;au mieux on y perd son latin même si on n&#8217;en a aucune connaissance, et qu&#8217;au pire on est menacé des folies les plus graves.<br />
Quoi  qu&#8217;il en soit, tout grain de sable s&#8217;étant approprié abusivement l&#8217;espace cognitif d&#8217;un être humain ignorant de sa situation va jouer aussi un curieux pas de deux.<br />
Le fait même de savoir la présence de cet objet en un lieu qu&#8217;il ne devrait pas occuper pousse la personne concernée à appréhender de façon éminemment subjective ce qu&#8217;elle subit. On ne peut pas dire que ça l&#8217;aide. Ainsi son présent se constitue de tranches juxtaposées les unes aux autres sans qu&#8217;il soit permis d&#8217;envisager une alternative. Une tranche de bien-être succède à une tranche de désespoir à laquelle s&#8217;ajoute une tranche d&#8217;indifférence, chaque ingrédient constituant à lui seul un plat de résistance. Quelle valeur a donc un menu dans lequel chaque élément n&#8217;a strictement rien à voir avec le précédent ou le suivant ? Supposons un instant un  étouffement quasi-mortel à la suite de l&#8217;ingestion d&#8217;un morceau de pain bourratif, puis une phénoménale colique imputable à des fruits manquant de maturité et enfin la subtile salivation due à l&#8217;absorption carnassière d&#8217;une tranche de saucisson ou à la délectation  d&#8217;un carré de chocolat. Il est probable que nous avons tous expérimenté concrètement ce genre de sandwiches et cela ne coûte qu&#8217;une digestion un peu laborieuse. Mais les actions d&#8217;un grain de sable sont d&#8217;une autre nature. Elles s&#8217;accompagnent d&#8217;une mélodie, d&#8217;un chant, d&#8217;un concerto, d&#8217;une ritournelle, bref d&#8217;un ensemble de sons qui ont l&#8217;art de surprendre l&#8217;individu concerné, même s&#8217;il est confronté à leur systématique retour. Bien évidemment, au bout de quelque temps il ne peut pas ne pas remarquer la répétition et pourtant chaque fois il s&#8217;étonne, il s&#8217;interroge, il se scandalise et soumet à la question son entourage. En général ces tranches de temps, qui se manifestent par des musiques variées se traduisent aussi par des considérations météorologiques. Il n&#8217;est pas rare que l&#8217;individu affecté par un grain de sable décrète une froidure excessive courant juillet ou découvre les prémices d&#8217;un printemps sous une tempête de neige. Autrement dit, nous sommes confrontés à ce stade aux conséquences totalement diversifiées d&#8217;un seul intrus plongeant ce pauvre humain dans l&#8217;errance, entre l&#8217;impossibilité de vivre un bon gros présent sans histoire et l&#8217;incapacité d&#8217;accepter que ce présent fasse une musique autre que celle à laquelle la plupart des gens normalement constitués s&#8217;attend. Peut-être faudrait-il changer nos façons de voir et estimer que nous n&#8217;avons rien à attendre de quoi que ce soit, mais l&#8217;opération paraît bien délicate tant nous sommes friands en général de nous retrouver en personne aux différents carrefours de  l‘existence commune à tous.<br />
Devons-nous à ce stade décréter l&#8217;infinie solitude de l&#8217;homme ? On peut poser la question, seulement celle-ci risque vite de se déchaîner dans tous les sens et nous  nous retrouverions face à la solitude du coureur de fond, à celle du marin d&#8217;eau douce et du crapahuteur de hauts sommets, à celle du chercheur dans sa tour d&#8217;ivoire et du philosophe dans ses vieux grimoires. Est-il alors raisonnable de provoquer ainsi, pour une question qui somme toute ne présente pas un intérêt déterminant, un conflit qui verra s&#8217;opposer les prétentions de chacune de ces solitudes à revendiquer la place de vainqueur ?</p>
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Il existe bien d&#8217;autres sujets que nous pourrions aborder mais il en est un qui doit particulièrement retenir notre attention. Il s&#8217;agit du rapport que les autres humains ont avec le sujet possesseur, certes involontaire, d&#8217;un petit grain de sable. Nous pouvons dire qu&#8217;à ce niveau tout est possible et même probablement souhaitable. En effet dans la relation que l&#8217;alter entretient avec l&#8217;ego, nous trouvons de véritables mines de sel qui relèvent le goût des plats souvent fades de la vie. Là encore nous sommes tentés de céder à notre douce manie de classification, d&#8217;un côté les indifférents et de l&#8217;autre les fusionnels, de ce troisième les compassionnels ou les compulsifs. Ce repérage présente un intérêt non négligeable, mais il a l&#8217;inconvénient de ne jamais véritablement correspondre aux faits, du moins dans la durée. Entre les différents types de comportements, des glissements se produisent et ils rendent difficilement lisibles une cartographie établie sur une double base des plus discutables : d&#8217;un côté la personnalité de l&#8217;alter, et de l&#8217;autre les humeurs fluctuantes de celui qui oscille sans cesse entre son image de martyre et ses efforts désespérés pour vivre normalement.<br />
Nous avons tous un de ces amis très chers qui vit par mots interposés tous les maux dont il n&#8217;a de fait aucune expérience. Il a toujours dans sa manche une belle-soeur adorable ou un petit-fils si brave, si bien élevé que c&#8217;en est une misère de les voir au bord de la tombe. Déjà on imagine quelques roses dolentes déposées sur le bois encore brillant du cercueil et les poignées de terre glissant entre des doigts qui accompagnent la femme ou l&#8217;enfant en leur ultime demeure. Soit ! Mais d&#8217;abord rien n&#8217;indique en quoi cette demeure-là serait aussi finale et donc dernière qu&#8217;on l&#8217;affirme, et au regard de la proportion de gens visiblement convaincus de l&#8217;existence d&#8217;un grand vizir tous ou à peu près devraient se réjouir en organisant une nouba d&#8217;enfer. Celle-ci se justifierait quelque soit l&#8217;état de moralité du défunt au moment où il a tiré sa révérence : sage, il sera attendu là-haut les bras ouverts et, enchaîné-déchaîné toute sa vie durant par le vice il s&#8217;agira maintenant de le soutenir ; qui aurait en effet le culot d&#8217;abandonner dans le besoin un être cher ? Donc que la fête s&#8217;impose ! Ceux dont on se plait à considérer la joie, lors des festivités de la Toussaint avec un sourire condescendant nous donnent une leçon que nous ne savons même pas  écouter. Ce n&#8217;est jamais là qu&#8217;un de nos charmes supplémentaires ! Evidemment le problème est autre si nous n&#8217;accordons aucun crédit à l&#8217;hypothèse de la présence d&#8217;un dieu bien arrimé là-haut dans le ciel, contemplant avec satisfaction le bazar dans lequel nous nous débattons depuis des siècles et des siècles sans avoir le moindre espoir que les choses finissent par s&#8217;arranger. Cependant, il y a  ici tout de même un motif de satisfaction : le défunt laisse derrière lui les autres se débrouiller, et on ne peut pas reprocher à l&#8217;être aimé d&#8217;avoir saisi une opportunité quand elle se présentait.<br />
Quand l&#8217;ami dont nous parlions précédemment a fini par épuiser cette veine sentimentale, qui nous roule dans sa farine au point de nous pousser à espérer que tant qu&#8217;à perdre une vie, autant que ce soit la nôtre et effectuer ainsi un échange standard pour épargner l&#8217;adorable belle-soeur ou l&#8217;enfant sage, il va se promener du côté des poncifs les plus en vue sur la question.<br />
Tout d&#8217;abord, garder le moral quelle que soit la situation. A partir de là il va falloir se concentrer comme le garde-chasse à l&#8217;affût du braconnier qui lève ses collets à la faveur des fantômes à peine déchirés de l&#8217;aube. Sauf que le moral a perdu ses longues pattes postérieures et, devenu levraut, il est terrorisé par sa propre ombre dès qu&#8217;il entend le cornet à bouquetin sonner la curée. En fait la situation est claire, le moral est insaisissable qu&#8217;il soit vif ou mort.<br />
Deuxième principe, l&#8217;hôpital surveille ses patients de  près. On imagine l&#8217;œil médical telle une caméra ne laissant aucune intimité au sujet affecté et infecté. En fait, faut-il l&#8217;imaginer puisque  cette réalité viole la plupart des foyers entre fromage et dessert, à l&#8217;heure où les petits d&#8217;hommes baillent et les adolescents s&#8217;excitent, où les pères sortent l&#8217;argument d&#8217;une fatigue sans nom et les épouses s&#8217;activent sur cette deuxième journée qu&#8217;elles doivent mener à bien ? Faut-il l&#8217;imaginer quand la vie est brouillée par des fictions qui jouent à faire semblant d&#8217;être authentiques ou inversement ?<br />
Troisièmement, ce n&#8217;est pas comme ces époques où l&#8217;on ne disposait pas de techniques sophistiquées aptes à sortir d&#8217;une mauvaise passe tout individu passablement constitué. Le moment peut être opportun aussi pour vanter selon des paramètres hautement variables, tel pays, tel hôpital ou tel médecin. L&#8217;excellence de votre état de santé peut même être évoqué au milieu de considérations portant sur le temps quasi infini qui sera nécessaire pour récupérer. Le possesseur d&#8217;un grain de sable n&#8217;a certes plus de cheveux sur la tête, il a perdu toutes ses dents et son appétit, sa libido s&#8217;est planquée au fond de ses flancs efflanqués mais somme toute, il s&#8217;en sort plutôt bien. Le temps est venu de faire appel à la grande confiance populaire qui veut qu&#8217;un verre à moitié vide soit aussi un verre à moitié plein. Il y a toujours pire, et à regarder autour de soi nous faisons la découverte de l&#8217;incroyable relativité des événements. Nous frôlons ici des abîmes de réflexion qui nous plongent dans des océans aux eaux troubles où se mélangent  une pincée de compassion, trois grammes d&#8217;agacement, une portion d&#8217;indifférence, et tous les ingrédients qui constituent le caractère propre de chaque humain .<br />
Peut-être les humains à dominante compassionnelle sont-ils les pires. Ils émettent un rugissement énorme contre l&#8217;infime plainte du patient rétif ou exécutent le sursaut du type électrifié en direct face aux murmures du contestataire jugeant injuste ce foutu grain de sable. Les compassionnels sont terribles, voguant dans le sens du vent qui souffle brises ou tempêtes selon les saisons. Et les saisons sont excessivement courtes par les temps qui courent pour le malheureux propriétaire d&#8217;une cellule en expansion non contrôlée !<br />
Mais la situation est identique pour les vindicatifs auxquels personne ne pourra jamais faire comprendre quoique ce soit. En réalité si nous associons les deux genres, nous obtenons  un  individu tout à fait intéressant qui est  plus fréquent que nous pourrions le croire. Le compassionnel vindicatif est toujours dans les marges ou encore sur les franges du fusionnel et de l&#8217;indifférent. Il dit avant tout son intérêt et son désintérêt, sa compréhension, son implication jusqu&#8217;au-boutiste et sa formidable capacité à se foutre de tout ce qui dépasse un tant soit peu son ego.<br />
Ainsi le compassionnel apparemment secourable : « Monsieur Durand m&#8217;a dit que le docteur X. pourrait te recevoir; il suffit de le lui faire savoir. Monsieur Durand interviendra ! »<br />
Le ton est à la fois excité et éventuellement porteur d&#8217;une certaine douceur qui laisse à penser que ce n&#8217;est pas la peine de faire un drame de cette petite plage de sable. L&#8217;essentiel est ailleurs, sur les épaules de ce Monsieur Durand à propos duquel il suffit d&#8217;oublier qu&#8217;il a au plus un pied dans la place et que les choses ne se passent jamais comme on le prévoit. Qu&#8217;importe, le compassionnel secourable y croit. Et de citer moult exemples à l&#8217;appui de ses propositions toutes plus alléchantes les unes que les autres. Pour un peu chacun souhaiterait tout un désert sableux et les dunes qui vont avec, également réparties au milieu de ses neurones. Il y aurait aussi des vagues et des mouettes, des ouragans et des tempêtes, peut-être même un soleil et de beaux corps bronzés sur des serviettes colorées. Certes, il pourrait y avoir..! En tout cas le compassionnel estime avoir fait son devoir et participé directement au sauvetage d&#8217;un de ces individus suffisamment inconscients pour accueillir à ses risques et périls une poignée d&#8217;hôtes indésirables. Ses propos sont à la hauteur de la situation, et même si c&#8217;est très très haut, il trouvera toujours par la suite un bon argument pour excuser l&#8217;inefficacité de son intervention. Le responsable est en priorité le sableux lui-même, son manque de conviction, l&#8217;erreur qu&#8217;il a commise en notant tel numéro de téléphone le conduisant de secrétariats en services de nettoiement dont l&#8217;implication dans le problème exposé est des plus lointaine. L&#8217;occupation du médecin, le fait qu&#8217;il ne traite absolument pas ce genre de cas, ou encore son manque de connaissances et de pratiques, ne sont abordés qu&#8217;en ultimes explications. Bref, voilà tout ce qui fait le charme du compassionnel secourable et ce qui le rend&#8230; détestable !<br />
Lorsque le compassionnel se comporte en fusionnel, au mieux fait-il venir les larmes aux yeux ; sinon il déclenche des cyclones de tempêtes lacrymales quand l&#8217;humidité du regard ne sait pas  s&#8217;arrêter à temps. Entre ses « je t&#8217;aime » et ses « je sais » et ses « tu vas t&#8217;en sortir », le propriétaire du grain de sable ne sait où donner de la tête. Dans la plupart des cas il la perd au milieu des inondations provoquées par la rupture de  ces digues qui marquent la frontière entre la pudeur et la blessure quasi mortelle dont il est affecté.</p>
<p>Il serait tout de même dommage de mettre fin à ce propos sans évoquer la délicate question du personnel médical. Le patient, criant le sentiment d&#8217;injustice qu&#8217;il ressent sur tous les modes d&#8217;action qu&#8217;il peut imaginer -révolte, obéissance, interrogation, résignation, détermination etc.- vit  peut-être ses derniers mois ou ses dernières années sur le mode d&#8217;une incroyable expérience. C&#8217;est en effet un royaume qui se dévoile et révèle combien  la ressemblance est frappante avec le monde humain. Eh oui, il faut s&#8217;y faire, chefs de bloc opératoire, docteurs, assistants, professeurs, infirmiers, brancardiers, premières catégories, deuxièmes catégories, il doit même y avoir des hors classes, tout ce monde-là est constitué d&#8217;êtres humains, comme nous. Cette  découverte laisse pantois. Ainsi cette femme de service occupée à nettoyer les salles a un coeur qui fonctionne comme le nôtre ! Cette toubib cache derrière ses lunettes un regard voilé par une légère myopie ! Cette autre-là qui classe des papiers se demande comment caser les deux rendez-vous de son dimanche après-midi ! L&#8217;assistant essaye d&#8217;assister de façon la plus rigoureuse possible tout en songeant à ce qu&#8217;il dînera ce soir ! Difficile d&#8217;imaginer comme cette vision, somme toute réconfortante du monde médical peut être troublante pour l&#8217;ignorant. Parce que s&#8217;il a droit à des poussières de conversation familière qui peuvent le rassurer, il n&#8217;empêche qu&#8217;il doit aussi affronter le caractère propre à chaque individu. Il rencontrera donc à ce niveau des faibles et des forts, des péremptoires ne doutant que des autres et jamais d&#8217;eux-mêmes, des maladroits qui informent pour ensuite le regretter à voix haute, des expéditifs qui cherchent à battre le record de vitesse de la consultation, des négligents et des jean-foutre qui n&#8217;en ont pas grand-chose à faire, des fonctionnaires du neurone ou de la radiothérapie. Bien évidemment, la conjonction de ces traits de caractère est possible et c&#8217;est ce qui donne au monde médical comme au monde humain, sa troublante diversité.</p>
<p style="text-align:justify;">S&#8217;il faut à tout prix conclure cette histoire sans fin, nous laisserons parler la sagesse populaire : « Tant qu&#8217;on a la santé&#8230; », mais nous y mettrons tout de suite un terme. Comment en effet rendre compte de ce qui est propre à chacun alors que tout signe notre appartenance au genre humain !!!</p>
<p style="text-align:right;">Françoise Chauvelier, 17 septembre 2005</p>
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		<title>Mes 4 saisons préférées (et plus si affinités)</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Mar 2009 09:47:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>soiseb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[A Sandrine Mes quatre saisons préférées et plus si affinités Elle est charmante avec cette blondeur appétissante qui lui fait des fossettes partout et lui boucle les cheveux. Ses gestes ? Voluptueux et vifs, même lorsqu&#8217;elle dort. Sa voix ? Si douce à entendre que j&#8217;ai l&#8217;impression de goûter ces dattes provenant des sables brodés [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=soiseb.wordpress.com&amp;blog=1062795&amp;post=202&amp;subd=soiseb&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:right;">A Sandrine</p>
<p style="text-align:center;">Mes quatre saisons préférées et plus si affinités</p>
<p style="text-align:justify;">Elle est charmante avec cette blondeur appétissante qui lui fait des fossettes partout et lui boucle les cheveux. Ses gestes ? Voluptueux et vifs, même lorsqu&#8217;elle dort. Sa voix ? Si douce à entendre que j&#8217;ai l&#8217;impression de goûter ces dattes provenant des sables brodés d&#8217;oasis aux noms rêveurs, Nefta, Tozeur, Douz. J&#8217;aimerais tant voir les caravanes. Certes, il me faudrait une transformation disons&#8230; radicale.</p>
<p><span id="more-202"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Mais l&#8217;heure n&#8217;est pas à ces propos frivoles et je ne suis pas sûre du tout que ma maîtresse accepterait de me suivre. Oui ! Parce qu&#8217;elle, elle est ma caravanière en quelque sorte, mon capitaine, mon guide suprême, bref ma patronne.<br />
D&#8217;ailleurs l&#8217;été dernier nous avons failli avoir quelques différends. Son titre lui donne des droits que je ne peux revendiquer et c&#8217;est avec bonheur que je pose à ses pieds toutes mes forces. Nous étions là à ronronner sous une chaleur comme je les aime et mon dos en frémissait d&#8217;aise. Si j&#8217;avais pu j&#8217;aurais même étalé mes côtés et mon ventre plat pour me gorger du moindre rayon de soleil. Elle, elle était à l&#8217;ombre ; elle déteste les températures trop élevées. Nous en avons maintes fois discuté mais en vain, et je ne crois même pas qu&#8217;elle comprenne ma situation. Tant d&#8217;humidité, et depuis si longtemps !<br />
Le téléphone a sonné. Dans le quart d&#8217;heure qui a suivi elle avait mis en route les machines et là, elle commet la fausse manoeuvre par excellence. Nous partons en arrière alors qu&#8217;elle pensait aller de l&#8217;avant !<br />
Après j&#8217;ai bien vu qu&#8217;elle en parlait avec des rires dans les doigts, mais je la savais bouleversée à l&#8217;idée du risque que nous avions couru. Dehors l&#8217;eau frisottait des éclats de miroirs puis le soir le coucher de soleil a été particulièrement réussi. Ça lui a mis du baume au coeur. Le vin aussi, qu&#8217;elle partageait avec ses amis. On dit qu&#8217;il faut toujours de l&#8217;alcool pour apaiser les grandes frayeurs.<br />
Par contre pour tout vous dire, le jour où je me suis éloignée doucement alors qu&#8217;elle n&#8217;était plus avec moi, je reconnais que j&#8217;y ai mis un peu de malice. C&#8217;était drôle de voir l&#8217;affolement la gagner tandis qu&#8217;elle voulait tant donner l&#8217;impression de calme. Remarquez je ne serais pas allée très loin mais elle tremblait de honte. Nous n&#8217;étions pas seuls vous comprenez. Un petit vent tiède caressait les arbres à rebrousse poil, des gens s&#8217;étaient arrêtés et regardaient la scène sans se douter de son impuissance et de son humiliation. Elle n&#8217;aurait pas du me quitter comme ça c&#8217;est certain, mais elle n&#8217;a pas réfléchi. Ce sont des choses qui arrivent.L&#8217;automne a été pénible pour nous deux. J&#8217;avais des problèmes de santé et plutôt graves. Il a fallu que je me mette au vert et j&#8217;ai manqué tout ce que j&#8217;aime pendant cette saison, la coloration des feuilles qui s&#8217;abandonnent et se parent d&#8217;or, le bruit que fait alors chacune d&#8217;elle quand elle tombe poussée par une brise fraîche, leur lente dérive hasardeuse s&#8217;échouant pour repartir parfois vers d&#8217;autres horizons. Non, décidément, ce fut une mauvaise période.<br />
Elle, elle n&#8217;a cessé de rouspéter chaque fois qu&#8217;elle jugeait excessive les demandes d&#8217;argent nécessaire à mes soins. Mais elle m&#8217;a dorloté avec une telle tendresse ! Ce souvenir me bouleverse toujours.</p>
<p>L&#8217;hiver venu, nous avions retrouvé nos marques. Elle a repris à bras-le-corps le piano et il est probable qu&#8217;elle a fait d&#8217;énormes progrès. Requinquée par ses soins je me suis préparée à affronter pluies et frimas. Les brouillards passaient par gros convois glacés jusque fort tard dans la matinée et parfois même s&#8217;accumulaient autour de moi en couettes cotonneuses qui m&#8217;emmitouflaient de près. J&#8217;aurais eu cependant mauvaise grâce à me plaindre de la froidure après tout le temps et l&#8217;argent qu&#8217;elle m&#8217;avait consacrés. Puis elle sortait beaucoup, me confiant au clair de lune ou aux pluies de la nuit. Souvent aussi, alors que l&#8217;eau s&#8217;écoulait en aplats gris sans trame ni traits pendant de longues heures elle travaillait, et moi je retenais ma respiration pour ne pas la déranger.</p>
<p>L&#8217;arrivée du printemps se prépare en douce. Je sens des frémissements dans l&#8217;air qui m&#8217;apportent des senteurs timides et tendres. L&#8217;eau en palpitations mutines vient butiner le long de mes flancs et je rêve parfois de ces voyages qui nous conduisaient, le ventre lesté de chargements lourds sur le canal du Midi dans la touffeur de l&#8217;été. La tâche était rude. Maintenant je suis une vraie demoiselle de compagnie et j&#8217;emmènerai ma caravanière, mon capitaine, mon guide suprême, bref ma patronne là où elle voudra. Elle a de si jolies fossettes.</p>
<p>Signé : Paname (nom de la péniche de Sandrine)</p>
<p style="text-align:right;">Françoise Chauvelier, 7 décembre 2005</p>
<p style="text-align:left;">Pour télécharger le fichier en format pdf, cliquez sur le lien ci-dessous: <a href="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/03/mes_4_saisons_preferees.pdf">mes_4_saisons_preferees</a></p>
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		<title>La vie d&#8217;artiste</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Feb 2009 11:24:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>soiseb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[La vie d&#8217;artiste. Le pianiste se produira à la salle Pleyel le 3 mars à 18 heures. Voilà qui est clair et précis, sans l&#8217;ombre d&#8217;un doute, sans le soupçon d&#8217;un trouble, sans le moindre frémissement d&#8217;une inquiétude. Et après ? Après il s&#8217;en ira. Il glissera sous le soleil artificiel de sa vie, une [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=soiseb.wordpress.com&amp;blog=1062795&amp;post=192&amp;subd=soiseb&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">La vie d&#8217;artiste. Le pianiste se produira à la salle Pleyel le 3 mars à 18 heures. Voilà qui est clair et précis, sans l&#8217;ombre d&#8217;un doute, sans le soupçon d&#8217;un trouble, sans le moindre frémissement d&#8217;une inquiétude. Et après ?</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-192"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Après il s&#8217;en ira. Il glissera sous le soleil artificiel de sa vie, une vie sans relief, poussé par le halo de cette lumière qui auréole tous les êtres choisis par le public. Ce soir-là il partagera rires et gloire, donnant son sourire généreux et serrant de ses mains si belles et si fortes des mains aimantes et attendries. Ce soir-là, oui bien sûr.<br />
Puis il lui faudra revenir à lui-même qui l&#8217;attend toujours, derrière la porte de sa chambre, au-delà du miroir. Lui-même, cet autre avec lequel il ne peut ni mentir ni tricher. Lui-même, ses gammes et ses exercices, ses notes qui ne s&#8217;animent que lorsqu&#8217;elles sont si parfaitement maîtrisées qu&#8217;il peut leur donner un peu de cette âme sans laquelle elles retombent froides et inertes. Lui-même, son piano.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>L&#8217;art est une voluptueuse et tyrannique servitude.</strong></p>
<p>Dans l&#8217;atelier les coups de burin volent clair et déchirent le silence de la cour. On le lui a bien répété, ce n&#8217;est pas un métier de femme, ce n&#8217;est pas un métier pour une femme.<br />
Sculpteur, vous savez comment ça se dit au féminin ? En fait ça n&#8217;existe pas. Une femme qui sculpte ? Une femme sculpteuse ? Une sculptrice ? Une femme, dont le travail de sculpter peine à se faire reconnaître, une femme comme cela devient triste à&#8230; triste à mourir, ou folle ce qui est la même chose. Toutes ces heures où il faut battre la terre à modeler et gâcher le plâtre, tous ces jours d&#8217;impatience qu&#8217;elle doit dompter en retenant la violence des gestes prêts à se colleter avec le marbre parce qu&#8217;un seul éclat malheureux peut devenir un drame, toutes ces années exténuantes avant que d&#8217;être gratifiée du moindre regard étonné, tout ce temps de silences fracassants dans lesquels le coeur se parle à lui-même sans jamais parvenir au moindre dialogue, tout cela donc pour faire une vie au bout de laquelle &#8211; peut-être ? -on admettra qu&#8217;il y a là quelque talent.</p>
<p><strong>La vie oublie d&#8217;être sereine pour qui sait combien l&#8217;art est dur labeur.</strong></p>
<p>Les lumières lissent les rides frémissant au coin de sa bouche, entre sourires et pleurs qui cherchent l&#8217;émotion dans laquelle elle doit s&#8217;immiscer.<br />
-« Coupez ! ».<br />
Pour la huitième fois le réalisateur rompt l&#8217;équilibre fragile de la scène.<br />
-« Ah, moi je veux bien, mais on y est depuis ce matin ! »<br />
-« Voilà, très bien ! C&#8217;est exactement ce que je veux, cette colère qui se mêle déjà de larmes et garde encore le rire d&#8217;avant ! On reprend ! Tout de suite ! »<br />
Vite quelques retouches de poudre pour la lumière qu&#8217;il va falloir saisir dans le moment même où la porte se refermera.<br />
Neuvième essai. La femme pose sa main sur la poignée de la porte. Elle tourne la tête. Elle murmure alors en un souffle épuisé : « adieu &#8230; ».<br />
Au coin de la rue dans l&#8217;odeur de frites et de cigarettes du troquet, son partenaire achève un hamburger trop gras. Elle, elle n&#8217;aura pas même le temps d&#8217;un croque-monsieur et d&#8217;un quart Vittel.</p>
<p><strong>En effet, la vie d&#8217;artiste est épuisante.</strong><br />
Les chuchotements glissent de toile en toile, ils ondulent, saisis, lâchés puis repris par les éclairages qui accrochent les regards et les posent au coeur des cadres, juste à l&#8217;endroit voulu par le peintre.<br />
-« Que c&#8217;est beau !<br />
-Et ce rouge, là, vous avez vu ? On le dirait en guerre avec ce trait noir et dur !<br />
-Quel talent tout de même !<br />
-Quel artiste !&#8230; ».<br />
S&#8217;ils savaient&#8230; s&#8217;ils devinaient ce qu&#8217;il lui a fallu de combat avec les formes&#8230; Et les couleurs qui s&#8217;absentaient quand il était enfin satisfait d&#8217;un équilibre réalisé à grand peine&#8230; Et tous ces repentirs aussi qui le poussaient à recommencer indéfiniment le même geste pour découvrir finalement que le tableau était gâché par une erreur que rien ne pouvait corriger ! Son atelier est plein de chefs-d&#8217;oeuvre avortés qu&#8217;il a dû abandonner comme ces enfants mal finis qu&#8217;on laissait autrefois devant les marches d&#8217;un couvent, parce que l&#8217;on ne voulait pas en assumer la laideur. Sans compter tout ce qu&#8217;il détruit de rage quand le pinceau se heurte aux mêmes impuissances et se réfugie dans les facilités d&#8217;une technique dont il n&#8217;est pas le créateur.</p>
<p><strong>Les métamorphoses du regard passent par des chemins arides.</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Au-dessus de la page la plume hésite, se penche et se retient, amorce ce qui doit faire trace, puis se rétracte. La main murmure des mots que la plume n&#8217;entend pas. La main caresse la feuille qui chante à voix haute sa blancheur. La main raconte, elle soupire et s&#8217;attarde, elle musarde, parfois s&#8217;aventure et s&#8217;égare. Mais la plume n&#8217;écoute pas. Elle rêve ailleurs, autrement, jamais là où la main l&#8217;attend. La plume voudrait bien dire, la main voudrait bien écrire. Pourtant entre elles deux, rares sont les moments de rencontre, comme s&#8217;il y avait un impossible indéfiniment renouvelé malgré leurs volontés terribles tendues vers le même but.<br />
Un jour, c&#8217;est la main qui est cheval noir et la plume cheval blanc ; le lendemain ce peut être l&#8217;inverse. C&#8217;est si difficile de marcher l&#8217;amble ! L&#8217;esprit part de son côté pendant que le coeur batifole la bride sur le cou, et la plupart du temps il esquive toute tentative qui veut le dompter. Il est vrai que l&#8217;esprit n&#8217;est pas drôle. Ou, quand l&#8217;esprit est trop plein d&#8217;esprit, il finit par devenir sérieusement ennuyeux. Quant au coeur, il est vite lassant à toujours ressasser les mêmes histoires, ces histoires d&#8217;amour, de déception, de bonheur ou de plaisirs, bref ces histoires dont tout le monde a sa part et qui n&#8217;intéressent somme toute personne. Sauf à chercher par-delà ces amours déçues et ces bonheurs plaisants, la rencontre inouïe et hautement improbable, de la plume et de la main.</p>
<p><strong>L&#8217;écrivain est souvent un clown triste.</strong></p>
<p style="text-align:right;">Françoise Chauvelier, 6 mars 2005</p>
<p style="text-align:right;"> </p>
<p style="text-align:left;">Pour télécharger en format pdf, cliquez sur le lien: <a href="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/02/la_vie_d_artiste.pdf">la_vie_d_artiste</a></p>
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		<title>Itinérance éthylique</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Feb 2009 14:11:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>soiseb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Itinérance éthylique. Elle est là au pied de son arbre, un platane peut-être, elle n&#8217;en sait trop rien. Elle n&#8217;a jamais fait de dendrologie. Le premier soir elle brillait sous les reflets crus du lampadaire planté un peu plus loin, et n&#8217;était pas franchement rassurée avec tous ces types qui passaient sans la voir. Elle [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=soiseb.wordpress.com&amp;blog=1062795&amp;post=186&amp;subd=soiseb&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;">Itinérance éthylique.</p>
<p style="text-align:justify;">Elle est là au pied de son arbre, un platane peut-être, elle n&#8217;en sait trop rien. Elle n&#8217;a jamais fait de dendrologie. Le premier soir elle brillait sous les reflets crus du lampadaire planté un peu plus loin, et n&#8217;était pas franchement rassurée avec tous ces types qui passaient sans la voir. Elle a fini par s&#8217;habituer à la lumière et aux passants. Elle reconnaît ceux qui partent le matin avec du sommeil amer plein les yeux. Ceux là sont tristes, du moins elle le suppose.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-186"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Les réveils matinaux, ça ne vaut rien aux hommes. Plus tard elle voit déferler une deuxième vague, celle des gens que l&#8217;heure a oubliés et qui ne se bilent pas. Il y a ceux qui ont pour principe de sécher les premiers cours, les amoureux que la nuit a comblé de rêves et de caresses, les studieux à la conscience tranquille après une nuit bénéfique de travail, les innocents qui sont-là parce qu&#8217;ils ne sont pas ailleurs et que ça suffit à leur présent. Parfois on lui jette un coup d&#8217;oeil alors elle fait la morte mais ça ne change pas grand-chose à son allure. Elle voudrait bien se fondre dans l&#8217;herbe, passer au moins derrière le tronc de son arbre, se mettre à l&#8217;abri des regards. Hier, un gamin avec trois poils au menton est venu uriner juste à côté d&#8217;elle avec force gloussements et propos graveleux. Son copain l&#8217;attendait un peu plus loin, il regardait ailleurs, l&#8217;air gêné. Quand ils se sont éloignés le silence est revenu et en dehors d&#8217;un ou deux passages la journée a été calme. Tout en sachant qu&#8217;elle ne peut pas rester ici indéfiniment, elle a peur de se faire repérer.<br />
Les nuits sont fraîches encore. C&#8217;est une chance, elle se préserve ainsi du pire. Elle n&#8217;a pas du tout envie de finir comme certaines, les Rosettes par exemple qui ont été liquidées sans ménagement. Le verdict était tombé, brutal, sans commentaires, l&#8217;affaire a été réglée en un tour de main. Voilà à quoi peut conduire un souci d&#8217;économie mal placé.<br />
Une jeune fille approche dans l&#8217;allée. Elle est déjà passée par là deux ou trois jours auparavant. Elle est accompagnée d&#8217;un jeune homme de son âge avec lequel elle est en grande discussion. La fois précédente elle s&#8217;était approchée de l&#8217;arbre en riant, la taille haute et sa chevelure épaisse d&#8217;un doré profond cascadant en boucles dans le dos, sur le visage un air à la fois chahuteur et réfléchi.<br />
- Je la prends ?<br />
- Qu&#8217;est-ce que tu veux faire de ça ?<br />
- Heu&#8230; Je la donnerai à mes parents.<br />
- Tu ne sais même pas d&#8217;où elle vient.<br />
- Et alors ?<br />
- Non, laisse je te dis.<br />
Leurs voix s&#8217;éteignirent dans la nuit tombante. Quitte à devoir revenir dans le monde civilisé elle préférerait que ce soit avec cette jeune fille. Elle craint par-dessus tout les mômes qui jouent aux petits durs avec leurs lance-pierres, les clochards maladroits qui ne savent plus vraiment comment apprécier la vie même si au fond de leur coeur, le goût de celle-ci leur est un peu resté; elle ne voudrait pas non plus se faire repérer par les employés communaux, pressentant d&#8217;avance les discussions sans fin ni finesse autour de sa personne. Ce qui est certain c&#8217;est qu&#8217;elle abhorre le goujat qui l&#8217;a laissée tomber ici, un de ces jeunes loups arrivistes et snobs, incapable d&#8217;assumer ses choix dès qu&#8217;ils ne sont pas conformes à ceux de la meute. Et en plus c&#8217;était pour une autre qui ne valait pas grand-chose&#8230; Tant pis pour lui, il ne la méritait pas.<br />
Ce soir la jeune fille rieuse est repassée accompagnée de son ami. Un amoureux peut-être mais rien de moins sûr ; ils semblent plutôt frère et soeur, sans ces minauderies de la tendresse pour cacher le désir mais avec cette franche affection qui ne s&#8217;embarrasse d&#8217;aucun détour parce qu&#8217;elle se sait indéboulonnable malgré les désaccords et disputes.<br />
- Tu reprends le métro seule?<br />
- Oui va travailler, je me débrouille. Tiens, regarde elle est toujours la ! Pour le coup je la prends.<br />
- N&#8217;importe quoi ! Si ça se trouve tu vas te la trimbaler pour rien.<br />
- Je ne vais pas la laisser, personne ne s&#8217;en occupe.<br />
La jeune fille se penche vers elle, la saisit et la glisse dans un grand sac qu&#8217;elle porte sur le dos. Ils reprennent leur chemin en se chamaillant, peu attentifs aux ménagements qu&#8217;il faudrait lui réserver. Pour le moment, une fois le choc passé elle se trouve bien à l&#8217;ombre du sac, même si elle perçoit tout de suite des variations de température peu propices à son état. « Quelle aventure ! Je ne vais pas faire la difficile, les choses se passent plutôt bien. Maintenant il ne faudrait pas que ça dure trop et qu&#8217;on continue longtemps à me secouer sans ménagement. Cette petite ne doit pas y connaître grand-chose. Il n&#8217;empêche, elle est mignonne et j&#8217;ai le sentiment qu&#8217;elle peut éclairer mon avenir. De toutes les façons je n&#8217;ai pas le choix. »<br />
Coincée entre une trousse et quelques livres elle se laisse aller aux balancements de la marche, commence à somnoler, se réveille en sursautant aux claquements des portières du métro, rêve et est brutalement tirée de sa torpeur par un sifflement vigoureux.<br />
- C&#8217;est moi !<br />
- Monte vite, on allait dîner, on pensait que tu n&#8217;allais pas rentrer tout de suite.<br />
La jeune fille pose son sac, l&#8217;ouvre et la sort fièrement.<br />
- Regardez ce que j&#8217;ai trouvé !<br />
Elle monte les escaliers quatre à quatre en portant son précieux bien au creux de son coude. Dans la pièce aux couleurs chatoyantes la table est dressée avec de jolis verres à pied devant chaque assiette.<br />
- Tenez, elle était sous un arbre depuis longtemps, alors cette fois-ci je l&#8217;ai rapportée. Quelqu&#8217;un a dû l&#8217;oublier, c&#8217;est idiot.<br />
Elle la pose et se saisit d&#8217;une carafe d&#8217;eau glacée.<br />
- Vous avez peur de vous risquer ?<br />
- Non bien sûr, mais il faut la laisser reposer ; ça supporte mal d&#8217;être baratté dans tous les sens.<br />
- Si vous êtes puristes vous risquez d&#8217;être déçus&#8230; </p>
<p style="text-align:justify;">Le brouhaha des bavardages mêlés au bruit de vaisselle s&#8217;estompe. Les unes après les autres les lumières sont éteintes, le calme s&#8217;installe peu à peu dans la maison. Couchée sur une étagère de la cuisine à côté d&#8217;une comparse dont le pedigree est des plus honorables la bouteille prend ses aises, les turbulences du vin d&#8217;un beau rubis profond s&#8217;apaisant doucement.<br />
- Bientôt enfin le grand jour&#8230; Ne t&#8217;inquiète pas Petite, je ne vais pas décevoir ».</p>
<p style="text-align:right;">Françoise Chauvelier, 11 septembre 2003</p>
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		<title>La leçon de piano</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Feb 2009 22:34:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>soiseb</dc:creator>
				<category><![CDATA[nouvelle]]></category>

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		<description><![CDATA[Autour de La leçon de piano, Intérieur au violon, Le violoniste à la fenêtre de Matisse et une musique de Schumann       L&#8217;enfant est immobile.     Derrière lui une femme au regard vide est juchée sur un tabouret, les mains posées sur ses genoux. Devant lui le dessus du piano aux reflets rosés [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=soiseb.wordpress.com&amp;blog=1062795&amp;post=166&amp;subd=soiseb&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;">Autour de La leçon de piano, Intérieur au violon, Le violoniste à la fenêtre de Matisse et une musique de Schumann</p>
<p> <a href="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/02/matisse_piano_t.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-167" title="matisse_piano_t" src="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/02/matisse_piano_t.jpg?w=388&#038;h=450" alt="matisse_piano_t" width="388" height="450" /></a></p>
<p> <a href="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/02/matisse-violon.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-168" title="matisse-violon" src="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/02/matisse-violon.jpg?w=323&#038;h=500" alt="matisse-violon" width="323" height="500" /></a></p>
<p> <a href="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/02/matisse-interior-with-violin-case.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-173" title="matisse-interior-with-violin-case" src="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/02/matisse-interior-with-violin-case.jpg?w=285&#038;h=350" alt="matisse-interior-with-violin-case" width="285" height="350" /></a></p>
<p><a href="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/02/matisse-violon.jpg"></a></p>
<p>L&#8217;enfant est immobile.</p>
<p>    Derrière lui une femme au regard vide est juchée sur un tabouret, les mains posées sur ses genoux. Devant lui le dessus du piano aux reflets rosés lui barre le chemin. Et sur sa droite, le battant d&#8217;une fenêtre ouverte empêche toute fuite.</p>
<p><span id="more-166"></span></p>
<p>L&#8217;enfant a les yeux baissés sur la partition. Il a le sourire grave des anges appliqués aux choses difficiles, bouche close et narines pincées par l&#8217;effort. Seules ses mains rôdent au-dessus du clavier, trébuchent, rêvent parfois.</p>
<p>Par la fenêtre aucune échappée vers le ciel. Tout l&#8217;espace est occulté par un pan de murs gris qui le dispute à la masse d&#8217;un arbre qui confond ses branches en un lourd aplat vert. Le métronome austère et autoritaire machine à découper le temps, trône sur le piano.</p>
<p>L&#8217;enfant a fait de son corps un rempart pétrifié qui le contraint, le retient dans ses moindres gestes. Un battement de cil suffirait à le jeter contre le reflet terriblement vide des yeux de la femme grise et silencieuse dans son dos. Un mouvement imperceptible ferait trembler la tâche d&#8217;ombre fine comme une lame de couteau plaquée sur une de ses paupières. Le plus petit hochement de tête ferait vibrer les reflets endormis de ses cheveux blonds.</p>
<p>    Sur sa droite, une statuette est posée sur le coin d&#8217;un meuble. Appuyée sur un coude, une main glissée entre les cuisses elle a la nonchalance un peu sensuelle et moqueuse de ces femmes qui échappent à toute règle. L&#8217;enfant a envie de la regarder, mais il se l&#8217;interdit malgré la flamme d&#8217;un lumignon qui attire son regard dans cette direction.</p>
<p> </p>
<p>Dans l&#8217;exacte diagonale de la statuette, la femme grise veille. Trois fois déjà elle a exigé que l&#8217;enfant reprenne la « Petite Etude », sans le moindre encouragement et encore moins de compliments. L&#8217;enfant a pourtant beaucoup travaillé, mettant toute son âme à bien lier les notes ainsi qu&#8217;elle l&#8217;exige, respectant le tempo et les doigtés, s&#8217;appliquant aux nuances. Le matin avant de partir à l&#8217;école, au moment du déjeuner, le soir au retour de la classe alors que le soleil joue encore dans les parterres de fleurs et pique de mille étoiles la mer roulant ses vagues au bout du jardin, l&#8217;enfant a travaillé, les doigts raidis par cette mélodie qui s&#8217;est absentée, la nuque glacée par la présence de la femme dans son dos. Maintenant les notes claquent, sèches et vides. Elles ne veulent pas venir et se dire ; elles fuient et ne laissent qu&#8217;une dépouille sans vie sous les doigts de l&#8217;enfant. Des notes mortes.</p>
<p>La balustrade devant la fenêtre contient de ses volutes qui bouclent en sarabandes joyeuses la présence oppressante du mur gris et de l&#8217;arbre. Devant l&#8217;enfant, le lutrin reprend en mineur les mêmes rondes.</p>
<p>Entraîné par leurs mouvements l&#8217;enfant s&#8217;échappe du cadre que dessinent le battant bleu de la fenêtre, le bord bleu de la partition et le bleu &#8211; oh si peu mais bleu tout de même &#8211; de la jupe de la femme au regard vide.</p>
<p> </p>
<p>L&#8217;enfant se promène dans une pièce éclatante de toutes les pénombres que le soleil traque joyeusement, enflammant ici une nappe ocre, éclaboussant là les vitres d&#8217;une fenêtre baillant sur le ciel. Il rêve de volets à claire-voie ouverts sur le moutonnement de la mer et sur les fleurs d&#8217;écume accrochées aux immortelles à l&#8217;odeur aigrelette. Il regarde la lumière marine qui s&#8217;est laissée prendre dans la dentelle des rideaux. Il se promène dans la pièce sombre de tant de soleil à l&#8217;extérieur. Il va et vient, de la table à la fenêtre, de la fenêtre au fauteuil que recouvre un tissu aux couleurs de tous les safrans du monde et dont le dossier est protégé par un appuie-tête de guipure. L&#8217;étui d&#8217;un violon est posé en travers des accoudoirs, ouvert sur le velours bleu qui le tapisse. L&#8217;enfant tend la main et délicatement, il sort l&#8217;instrument terre d&#8217;ombre reposant sur son ciel de nuit.</p>
<p> </p>
<p>Debout devant la fenêtre close sur les nuages de l&#8217;automne, Pierre joue. Tout son corps porte le violon avec ferveur, son écharpe flotte sur son épaule. Au loin les arbres jaunissant écoutent l&#8217;enfant qui joue et murmure avec la mer.</p>
<p> </p>
<p align="right">Françoise Chauvelier, 21 décembre 2002.</p>
<p align="right"> </p>
<p style="text-align:left;">Pour télécharger en format pdf: <a href="http://soiseb.files.wordpress.com/2009/02/la-lecon-de-piano.pdf">la-lecon-de-piano</a></p>
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