Archive de la catégorie «nouvelle»

La leçon de piano

10 février 2009

Autour de La leçon de piano, Intérieur au violon, Le violoniste à la fenêtre de Matisse et une musique de Schumann

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L’enfant est immobile.

    Derrière lui une femme au regard vide est juchée sur un tabouret, les mains posées sur ses genoux. Devant lui le dessus du piano aux reflets rosés lui barre le chemin. Et sur sa droite, le battant d’une fenêtre ouverte empêche toute fuite.

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Le revenant

26 janvier 2009

Cacophonie rue du Faubourg Saint Antoine. Les voitures se bousculent. Les bruits se télescopent.

Les gens circulent, branchés sur leur portable. Les magasins sourient benoîtement de leurs déballages festifs. On est le trois novembre, on ne sera pas en retard, Noël est dans plus d’un mois.

 

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Petite fiction en abyme

16 juin 2008

Platon est dans tous ses états. Il parait que les prisonniers mènent grand tapage dans la caverne. Pourtant jusque là tout marchait pour le mieux au livre VII de ” La République”‘. On en était au moment crucial lorsqu’une poignée de philosophes conscients de leur rôle d’éducateurs décide de descendre dans la grotte rejoindre les prisonniers pour les convaincre de sortir prendre l’air et voir un peu ce qui se passe dehors. Tout était prévu et devait donc bien se passer.

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Icare, la vie continue.

26 mai 2008

Où est-il… C’est bien simple vous verrez, dans la salle au fond à gauche, au bout du mur…
Le gardien m’a répondu avec l’air de celui qui a tout vu de son regard délavé, l’air de celui que la fréquentation des grands maîtres n’impressionne plus depuis longtemps, l’air de quelqu’un qui s’en fiche et que plus rien ne peut émouvoir, l’air du type qui vient là depuis des jours, des semaines, des mois, des années, ce qui lui fait une sorte de vie momifiée dans ce temps suspendu qui est celui d’un musée.

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Douce et saline

19 mai 2008

Avec des yeux lointains accrochés aux balustrades comme récifs récalcitrants, les gens regardent la mer, et les phoques étalés sur le flanc qui se vautrent dans un soleil intermittent. Ils regardent ces grosses limaces assez folles pour aimer le froid du vent qui remonte le fleuve avec ses baleines que n’effrayent ni le regard bruyant des hommes ni les eaux salines qui se brouillent avec celles du Saint Laurent. Il en faudrait des aveuglements pour ne pas remarquer ce cercle d’algues indécises tirées par les terres, et poussant au-delà des villes ses bruines marines faites de sel et de vent.
Les eaux dansent une étrange valse qui semble un acte qu’on dirait, presque d’amour. A chaque marée elles répètent du lever du jour au crépuscule, cette parade sans lendemain. Que peuvent attendre de cette rencontre deux aventures, âpre et douce, si dissemblables, que rien ne vient les rapprocher ?
Le fleuve se retire devant la mer qui lui jette sa violence obstinée, et lui de se replier comme une branche souple face à ses assauts. Puis, à peine quelques heures écoulées – mais cela a-t-il un sens ? – les eaux du delta s’étalent, tranquilles, sereines, avec la persévérance du bon écolier. Le bord d’une vague défrise doucement le littoral que la mer avait ourlé.

Loin derrière ce ballet, dans le dos aveugle des gens qui regardent la mer, les collines respirent, décalant en camaïeux ses gris, clairs comme l’aube puis plus foncés et enfin, tout proche des yeux, noirs en plein jour.

Françoise Chauvelier le 30.08.06

 

Denis O…, en attendant sonner la cloche.

12 mai 2008

L’homme est assis, immobile, les deux mains posées sur le sol de chaque côté de son corps; la tête est droite, le regard à l’horizontale. Il attend.

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Déclaration d’absence

16 avril 2008

La femme est debout dans l’ombre, ombre elle-même noyée par l’absence de lumière. Sur le boulevard, des voitures glissent dans le chuintement mouillé de l’asphalte, laissant pour trace de leur passage des hiéroglyphes brillants et mobiles qui s’estompent en petites bulles éphémères. Quelques silhouettes pressées se bousculent près de la bouche de métro et un Turc rassemble les dernières braises sous ses marrons qui n’en finissent pas de griller. Sous les réverbères la pluie semble se précipiter en nuées scintillantes et sinistres.

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De si légères rumeurs

12 avril 2008

La route serpente entre champs bleu lin et jaune tournesol. En  rudes montées et virages au creux des vallons, les voitures frôlent les fossés où l’herbe nouvelle se blottit. L’air est tout frais des couleurs lavées à grande eau par les averses de la nuit. C’est fou cette collision de soleil et de pluies nocturnes qui fait un pays en gouttelettes brillantes comme perles et diamants !

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Carré mauve sur fond de pavé

3 avril 2008

Je t’attendais et tu n’étais pas là… En bas des escaliers la Seine roulait ses eaux troubles en gros bouillons lourds et tranquilles; sans un regard pour les berges, elle coulait vers le large, cette mer improbable que seul le géographe anticipe.

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A une page d’écriture

27 mars 2008

Elle voudrait écrire un texte, un petit texte, un texte de rien du tout, un texte sans objet ni sujet et que les gens liraient en disant, « ah ! C’est beau ! », comme ils aiment à le dire quand les oiseaux s’essayent à leurs premiers chants au sortir de l’hiver, un texte de circonstance en quelque sorte, avec des personnages qui seraient poètes ou musiciens, qui échangeraient des propos graves sur l’art, la création, et que personne n’écouterait, chacun voulant avoir l’exclusivité d’une parole originale, parole qui serait de toute façon creuse et pareille à un arbre envahi par un escadron de fourmis ployant sous le poids de leur butin, parole convenue.

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